CANON FRANÇAIS A PÉRIGUEUX – L’AOC Pécharmant persiste, la mairie cautionne la diffusion d’idées d’extrême droite

Communiqué de presse de la Conf’ Dordogne.
25/06/2026

Les 24 et 25 octobre prochains, un banquet du « Canon Français » doit se tenir à Périgueux, à l’initiative de l’AOC Pécharmant dans le cadre des 80 ans de l’appellation. Initialement programmé à la salle des fêtes L’Étincelle à Bergerac, l’événement a finalement été déplacé face à la forte opposition locale et aux réserves exprimées par des élu·es de la Communauté d’Agglomération du Bergeracois (CAB). Il se tiendra désormais à la Filature de l’Isle, une salle municipale de la Ville de Périgueux.

Depuis plusieurs mois, ses promoteurs tentent de présenter le Canon Français comme une simple fête du terroir, du vin et de la convivialité. C’est faux. Derrière cette communication se cache un projet politique qui instrumentalise les symboles du monde rural pour diffuser des idées réactionnaires et banaliser l’extrême droite. À la Confédération paysanne, nous considérons cette tenue comme un signal particulièrement préoccupant pour le territoire.

 

Le Canon Français n’est pas une initiative issue des campagnes. C’est une marque créée par Pierre-Alexandre Mortemard de Boisse et Géraud du Fayet de la Tour, deux aristocrates, soutenue financièrement par le milliardaire Pierre-Édouard Stérin, qui investit depuis plusieurs années dans des structures promouvant une vision ultraconservatrice de la société. Le terroir, gastronomie, le patrimoine et le folklore rural y sont comme supports d’une stratégie d’influence politique.

Partout où ces banquets se développent, des enquêtes, témoignages et vidéos ont documenté la présence de propos racistes et homophobes, de saluts nazis et de symboles liés à l’extrême droite radicale. Malgré cela, ces événements sont encore présentés comme de simples fêtes du terroir. Cette banalisation est inacceptable.

 

Après les alertes répétées de la société civile, les réticences exprimées des élu·es du bergeracois et la controverse publique qui entoure désormais le Canon Français, l’AOC Pécharmant a fait le choix de maintenir coûte que coûte son partenariat avec ce prestataire. Le déplacement de l’événement à Périgueux démontre précisément cette volonté : plutôt que de rompre avec un partenaire dont les accointances idéologiques sont largement documentées, l’appellation a choisi de poursuivre l’opération, quitte à la délocaliser loin du secteur de ses adhérent·es.

Il faut désormais assumer les conséquences de ce choix. En maintenant cet événement, l’AOC Pécharmant apporte un soutien politique à une structure qui participe à la diffusion des idées de l’extrême droite. En accueillant ce banquet dans une salle municipale, la mairie de Périgueux valide à son tour ce choix et lui offre une caution institutionnelle.

Une question se pose alors aux 45 vigneron·nes de l’appellation Pécharmant : ont-iels consenti à ce soutien idéologique ? Partagent-iels cette orientation ? Ont-iels été consultés sur les conséquences de ce partenariat sur la filière, maintenu malgré les alertes et les controverses ?

 

Au-delà même des controverses qui entourent le Canon Français, les arguments avancés pour justifier le maintien de l’événement (approvisionnement local, fête paysanne et populaire) ne sont pas recevables. En effet, le prix du repas est fixé à 80 euros par personne : alors que de nombreux·ses paysan·nes peinent à vivre de leur travail, ce tarif est déconnecté des réalités agricoles. Qui peut réellement s’offrir un tel repas ? 

Les organisateur·ices annoncent aussi plus d’1 kg de nourriture par personne – dont du canard, alors que la filière avicole est fragilisée par la grippe aviaire. Cela interroge la faisabilité de l’approvisionnement présenté comme local. Rien ne garantit un réel bénéfice pour les paysan·nes locaux, ni une contribution aux filières du territoire.

 

Nous le disons clairement : les vigneron·nes du Pécharmant et plus largement du Bergeracois n’ont pas vocation à servir de décor à des opérations de communication financées par des milliardaires au service d’un agenda politique d’extrême droite. Les positions de soutien de la Coordination Rurale et des Jeunes Agriculteurs à cet événement sont irresponsables et entretiennent une confusion préjudiciable au monde agricole.

La Confédération Paysanne affirme son opposition à la tenue de ce banquet à Périgueux et ailleurs, et appelle à construire des initiatives réellement populaires, fidèles aux valeurs de solidarité, de justice sociale et d’émancipation, pour des campagnes vivantes et accueillantes. 

Contact presse : Thony MARTINS pour le Comité Départemental de la Confédération Paysanne de la Dordogne

06 98 71 46 57


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